
Un sous-traitant vous facture avec de la TVA alors qu'il n'aurait pas dû. Vous la déduisez. Trois ans plus tard, le contrôleur refuse la déduction. Ce scénario est l'un des plus fréquents dans le bâtiment, et il ne vient jamais d'une intention de frauder : simplement d'une règle mal comprise des deux côtés. L'autoliquidation de la TVA en sous-traitance est pourtant un mécanisme logique une fois qu'on en a saisi le principe. Voici ce que tout dirigeant du BTP doit en savoir.
Habituellement, celui qui vend collecte la TVA auprès de son client et la reverse à l'État. L'autoliquidation inverse ce schéma : le sous-traitant facture hors taxes, et c'est le donneur d'ordre qui déclare la TVA à sa place.
Le mécanisme figure à l'article 283, 2 nonies du Code général des impôts et s'applique depuis le 1er janvier 2014. Il vise les travaux de construction, de réparation, de nettoyage, d'entretien, de transformation et de démolition réalisés en relation avec un bien immobilier, lorsqu'ils sont effectués par une entreprise sous-traitante pour un donneur d'ordre assujetti.
L'objectif du législateur était de couper court à un schéma de fraude classique : un sous-traitant qui facturait la TVA, l'encaissait, puis disparaissait sans jamais la reverser, pendant que le donneur d'ordre la déduisait tranquillement. En supprimant le flux de TVA entre les deux entreprises, on supprime la possibilité même de cette fraude.
Effet secondaire appréciable pour le sous-traitant : il n'a plus à avancer de trésorerie sur la TVA.
L'autoliquidation ne se déclenche pas parce qu'on est dans le bâtiment. Elle suppose que trois conditions soient réunies en même temps. Si une seule manque, on revient à une facturation normale avec TVA.
1. Il s'agit bien d'un contrat de sous-traitance. Au sens de la loi du 31 décembre 1975 : une entreprise principale confie à une autre l'exécution de tout ou partie d'un marché qu'elle a elle-même conclu avec un maître d'ouvrage. Il faut donc une chaîne à trois niveaux au minimum. Si vous intervenez directement pour un client final, même professionnel, vous n'êtes pas sous-traitant : vous êtes l'entreprise principale, et vous facturez avec TVA.
2. Les travaux relèvent bien des travaux immobiliers. Construction, rénovation, réparation, entretien, transformation, démolition, ainsi que les opérations d'équipement des immeubles et le nettoyage lié à ces travaux.
3. Les deux entreprises sont assujetties à la TVA en France.
C'est sur la première condition que se concentrent la plupart des erreurs. Beaucoup d'artisans appliquent l'autoliquidation dès qu'ils facturent une autre entreprise du bâtiment, ce qui est faux si aucun marché principal ne se trouve derrière.
SituationRégime applicableTravaux pour un client particulierFacturation avec TVA (taux normal ou réduit selon le cas)Vous êtes l'entreprise principale face au maître d'ouvrageFacturation avec TVA sur la totalité du marchéSous-traitant en franchise en base de TVAFacture HT, mais avec la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » — pas d'autoliquidationSimple fourniture de matériaux sans poseLivraison de biens : TVA classiqueLocation de matériel sans opérateurPrestation hors travaux immobiliers : TVA classiquePrestations intellectuelles (études, maîtrise d'œuvre, bureau de contrôle)TVA classique
La distinction entre location de matériel avec ou sans chauffeur/opérateur mérite une attention particulière : elle change le régime, et elle apparaît souvent sur des factures mixtes où les deux prestations sont mélangées.
Trois éléments non négociables :
Un point pratique souvent négligé : rattachez explicitement chaque facture au chantier et au lot concernés. En cas de contrôle, c'est ce qui permet de démontrer la réalité du lien de sous-traitance. Une facture libellée « travaux divers » sans référence de chantier est un point faible.
Le sous-traitant reporte le montant HT de ces prestations sur la ligne « Autres opérations non imposables » du cadre A de sa déclaration CA3 (ou de sa CA12 selon son régime). Il ne collecte rien sur ces opérations.
Point important, souvent mal compris : le sous-traitant conserve son droit à déduction sur ses propres achats. La TVA sur ses matériaux, son carburant, ses locations de matériel reste déductible normalement. Concrètement, une entreprise qui travaille principalement en sous-traitance se retrouve structurellement en situation de crédit de TVA. Elle a alors intérêt à demander des remboursements réguliers plutôt que de laisser ce crédit s'accumuler — c'est de la trésorerie qui dort chez le Trésor public.
Le donneur d'ordre facture le maître d'ouvrage sur la totalité du marché, y compris la part sous-traitée, avec la TVA applicable. Il doit également avoir fait accepter son sous-traitant par le maître d'ouvrage et fait agréer ses conditions de paiement, conformément à la loi de 1975.
Trois écritures sur la même CA3 :
L'opération est donc neutre en trésorerie, à condition que l'entreprise récupère intégralement sa TVA. On déclare une taxe qu'on n'a jamais encaissée, et on déduit la même somme qu'on n'a jamais payée.
C'est précisément cette neutralité qui explique pourquoi l'oubli est si fréquent : puisque le résultat final est nul, on se dit qu'il n'y a rien à déclarer. C'est une erreur, et elle est sanctionnée.
Les intitulés de lignes ci-dessus correspondent à la structure de la CA3. La numérotation exacte peut varier selon les versions du formulaire : fiez-vous aux libellés plutôt qu'aux numéros, ou faites paramétrer votre logiciel une bonne fois pour toutes.
C'est l'erreur la plus courante, souvent par habitude ou parce que le logiciel de facturation n'a pas été paramétré.
Conséquence pour le donneur d'ordre : cette TVA facturée à tort n'est pas déductible. Elle a été portée sur une facture alors qu'elle n'était pas légalement due, et l'administration refusera la déduction. Vous avez donc payé cette TVA à votre sous-traitant, et vous ne la récupérerez pas.
La correction passe par l'émission d'une facture rectificative par le sous-traitant, qui doit ensuite lui-même régulariser sa situation. Autant dire que plus le temps passe, plus la manœuvre devient inconfortable — surtout si l'entreprise concernée a entre-temps disparu.
Le réflexe à adopter : contrôler ce point à la réception de chaque première facture d'un nouveau sous-traitant, avant paiement.
L'omission expose à l'amende prévue au 4 de l'article 1788 A du CGI : 5 % de la somme déductible. Elle s'applique même quand l'opération était neutre et que l'État n'a subi aucune perte. Le Conseil constitutionnel a validé ce dispositif en septembre 2022.
L'ordre de grandeur : sur 200 000 € HT de sous-traitance non déclarée à 20 %, l'amende ressort à 2 000 €. Sur plusieurs exercices et des volumes plus importants, l'addition grimpe vite.
Un point à connaître : l'amende n'est pas appliquée lorsque l'entreprise régularise spontanément, en déposant une déclaration rectificative avant toute intervention de l'administration. Si vous découvrez un oubli en lisant ces lignes, il est très largement préférable de le corriger de vous-même.
Sous-traitant et donneur d'ordre déclarent tous les deux la même TVA, par excès de prudence. Résultat : une TVA payée deux fois, et une réclamation à engager pour récupérer le trop-versé.
Une facture qui regroupe des travaux relevant de l'autoliquidation et une location de matériel sans opérateur crée une situation ambiguë. Séparez les postes sur des lignes distinctes avec leur régime propre, ou établissez deux factures.
Deux sujets distincts que l'on confond parfois. Indépendamment de la TVA, dès qu'un contrat de sous-traitance atteint 5 000 € HT, le donneur d'ordre doit se faire remettre l'attestation de vigilance URSSAF de son sous-traitant, et la faire renouveler tous les six mois jusqu'au terme du contrat.
L'enjeu est lourd : en cas de travail dissimulé chez votre sous-traitant, le défaut de vigilance vous expose à une solidarité financière. Vous pouvez être tenu de régler les cotisations sociales qu'il n'a pas payées.
Un dossier sous-traitant complet contient au minimum : l'attestation de vigilance à jour, un extrait Kbis récent, l'attestation d'assurance décennale, et le contrat de sous-traitance écrit.
La réforme de la facturation électronique entre en application au 1er septembre 2026 pour l'obligation de réception, puis en 2027 pour l'émission des TPE et PME. Les factures en autoliquidation devront porter les données correspondantes dans un format structuré.
Bonne nouvelle : un logiciel correctement paramétré supprime mécaniquement une partie des erreurs décrites plus haut, puisque la mention et le traitement deviennent automatiques dès lors que le sous-traitant est identifié comme tel. Encore faut-il que le paramétrage initial soit juste. C'est le bon moment pour faire ce point.
Sous-traitantDonneur d'ordreFactureHT, sans TVA, mention « Autoliquidation — art. 283, 2 nonies du CGI »Facture le maître d'ouvrage avec TVA sur la totalitéDéclaration CA3Ligne « Autres opérations non imposables »Ligne « Autres opérations imposables » + TVA collectée + TVA déductibleTrésoreriePas d'avance de TVA, crédit de TVA fréquentOpération neutreRisque principalFacturer avec TVA par erreurOublier de déclarer (amende de 5 %)
L'autoliquidation est un mécanisme simple sur le papier, mais les situations réelles le sont rarement : sous-traitance en cascade, marchés mixtes travaux et fournitures, sous-traitants en franchise en base, prestations à cheval entre plusieurs régimes.
Chez Strata, cabinet d'expertise comptable à Valence, nous accompagnons les entreprises du bâtiment de la Drôme et de l'Ardèche sur ces sujets. Concrètement, cela passe par :
Si vous avez un doute sur une facture, sur une déclaration passée ou sur un montage de sous-traitance particulier, contactez-nous pour un premier échange. Un point de trente minutes suffit généralement à identifier si votre situation appelle une correction.
Cet article a une vocation informative et générale. Il ne constitue pas un conseil personnalisé et ne peut se substituer à l'examen de votre situation particulière. Les règles fiscales évoluent : vérifiez leur état en vigueur avec votre conseil avant toute décision.
Sous-traitantDonneur d'ordreFactureHT, sans TVA, mention « Autoliquidation — art. 283, 2 nonies du CGI »Facture le maître d'ouvrage avec TVA sur la totalitéDéclaration CA3Ligne « Autres opérations non imposables »Ligne « Autres opérations imposables » + TVA collectée + TVA déductibleTrésoreriePas d'avance de TVA, crédit de TVA fréquentOpération neutreRisque principalFacturer avec TVA par erreurOublier de déclarer (amende de 5 %)
L'autoliquidation est un mécanisme simple sur le papier, mais les situations réelles le sont rarement : sous-traitance en cascade, marchés mixtes travaux et fournitures, sous-traitants en franchise en base, prestations à cheval entre plusieurs régimes.
Chez Strata, cabinet d'expertise comptable à Valence, nous accompagnons les entreprises du bâtiment de la Drôme et de l'Ardèche sur ces sujets. Concrètement, cela passe par :