
Vendre son entreprise par l'intermédiaire d'une holding, c'est souvent présenté comme la bonne astuce fiscale de fin de carrière. Dans les faits, l'apport-cession est un outil puissant pour certains dirigeants du BTP et un piège coûteux pour d'autres. Tout dépend de ce que vous comptez faire de l'argent, du temps qui vous reste avant la vente et de la façon dont votre holding fonctionne réellement. Et la plupart de ces paramètres se fixent des mois avant la signature, pas chez le notaire.
Cet article ne revient pas sur la valorisation de votre entreprise ni sur la préparation commerciale de la vente : nous les avons traitées dans nos guides Valoriser une entreprise de BTP et Vendre son entreprise de BTP. Ici, on parle du véhicule de la cession et du calendrier. Autrement dit, de qui vend, quand, et avec quelles contraintes après la vente.
Le mécanisme d'apport-cession repose sur l'article 150-0 B ter du Code général des impôts. Il se déroule en deux temps.
D'abord, vous apportez les titres de votre société d'exploitation (votre SARL de maçonnerie, votre SAS de couverture) à une holding soumise à l'impôt sur les sociétés que vous contrôlez. En échange, vous recevez des titres de la holding. Cet apport fait apparaître une plus-value, puisque vos titres valent plus que ce que vous les avez payés. Cette plus-value n'est pas imposée tout de suite : elle est placée en report d'imposition.
Ensuite, c'est la holding qui vend les titres à l'acquéreur. Comme elle les a reçus à leur valeur d'apport, et que cette valeur est proche du prix de vente, la plus-value qu'elle constate est faible, voire nulle. Le prix de cession arrive donc dans la holding quasiment sans impôt, au lieu d'arriver sur votre compte personnel après le prélèvement forfaitaire.
L'impôt sur la plus-value d'apport n'est pas effacé. Il est différé. Il redevient exigible si certains événements surviennent, notamment si vous vendez les titres de la holding ou si celle-ci ne respecte pas ses obligations de réinvestissement.
Une condition de départ est souvent mal comprise : vous devez contrôler la holding au moment de l'apport. Le texte retient la majorité des droits de vote ou des droits financiers, détenue directement ou via votre conjoint et votre famille proche, ou un pouvoir de décision de fait. Le contrôle est présumé dès 33,33 % si aucun autre associé ne détient davantage.
La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 a nettement durci le dispositif pour les cessions réalisées par la holding à compter du 21 février 2026. C'est la date de la vente par la holding qui compte, pas celle de l'apport : un apport réalisé en 2024 dont la cession intervient en 2026 relève des nouvelles règles.
Lorsque la holding revend les titres apportés dans les trois ans qui suivent l'apport, le report n'est maintenu que si elle s'engage à réinvestir le produit de cession dans les conditions suivantes :
Le produit de cession s'entend du prix, augmenté le cas échéant des compléments de prix (earn-out). Chaque complément perçu ouvre un nouveau délai de trois ans pour réinvestir le reliquat nécessaire au respect des 70 %.
En pratique, le réinvestissement peut prendre quatre formes : financer des moyens permanents d'exploitation dans une activité opérationnelle de la holding, racheter le contrôle d'une ou plusieurs sociétés opérationnelles, souscrire au capital de sociétés opérationnelles, ou souscrire dans certains fonds de capital-investissement. La doctrine administrative mise à jour en août 2026 détaille les activités éligibles (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-20). Un placement de trésorerie, un contrat de capitalisation ou un immeuble de rapport ne comptent pas.
Si la condition n'est pas remplie, le report tombe et l'administration applique en plus l'intérêt de retard décompté depuis la date de l'apport. Sur une opération de plusieurs centaines de milliers d'euros, ce n'est pas un détail.
Si la holding vend plus de trois ans après l'apport, il n'y a plus d'obligation de réinvestissement. Cela explique pourquoi le calendrier pèse autant dans la décision.
Je le dis souvent aux dirigeants que nous rencontrons à Valence : l'apport-cession ne sert pas à payer moins d'impôt, il sert à réinvestir avec un impôt différé. Si vous n'avez pas de projet pour l'argent, le dispositif vous enferme.
Il a du sens si :
Il n'a pas de sens si :
Entre les deux, il existe des situations où l'on combine. Deux associés n'ont pas forcément les mêmes projets : l'un peut céder directement et l'autre passer par sa holding.
Beaucoup de dirigeants du BTP ont déjà une holding, créée il y a quelques années pour remonter des dividendes ou racheter un associé. Dans ce cas, la question n'est plus seulement « faut-il faire un apport-cession ? », mais « ma holding est-elle animatrice, et puis-je le prouver ? ».
La définition légale figure désormais à l'article 787 B du CGI. Est animatrice la société qui, outre la gestion d'un portefeuille de participations, a pour activité principale la participation active à la conduite de la politique de son groupe et au contrôle de ses filiales opérationnelles, auxquelles elle rend le cas échéant des services administratifs, juridiques, comptables ou financiers.
Cette définition reprend la jurisprudence du Conseil d'État (CE, plénière fiscale, 13 juin 2018, n° 395495), qui a posé deux idées utiles :
Pourquoi c'est déterminant au moment de la vente
La holding passive (qui se contente de détenir des titres) et la holding animatrice (qui pilote réellement son groupe) ne sont pas traitées de la même façon par plusieurs régimes fiscaux. Pour une cession, deux situations reviennent souvent dans le BTP.
Vous vendez les titres de votre holding, et non ceux de la filiale. Si vous visez l'abattement retraite, la société dont vous cédez les titres doit exercer une activité opérationnelle ou avoir pour objet exclusif de détenir des participations dans des sociétés opérationnelles. Une holding qui détient aussi le dépôt de l'entreprise, un local loué à un tiers ou une poche de placements sort de ce cadre. La qualification d'animatrice devient alors l'argument central, et elle se prouve sur cinq ans.
La holding vend sa filiale et reste en place. Si votre holding détient les titres depuis au moins deux ans, la plus-value relève en principe du régime des titres de participation, avec une imposition limitée à une quote-part de frais et charges de 12 % (article 219 du CGI). Le prix reste dans la holding, qui devient une société de trésorerie. Ce n'est pas un problème en soi, mais cela change sa nature : une holding animatrice qui n'anime plus rien devient passive, avec des conséquences sur les régimes futurs.
Un point d'actualité : la loi de finances 2026 a créé une taxe de 20 % sur certains actifs des holdings patrimoniales (article 235 ter C du CGI). Elle vise les sociétés détenant au moins 5 millions d'euros d'actifs, contrôlées à 50 % par une personne physique et dont les revenus passifs dépassent la moitié des produits. Sa base est limitée à des biens dits somptuaires (yachts, véhicules non professionnels, vins, logements occupés par le dirigeant…). La trésorerie issue d'une vente n'y entre pas. En revanche, si l'idée était d'acheter la résidence secondaire par la holding après la cession, il faut refaire les calculs.
L'animation se démontre par des pièces datées, produites au fil de l'eau. Les reconstituer après coup ne convainc personne. Voici ce que nous demandons à nos clients de tenir à jour :
C'est là que l'approche par la donnée prend tout son sens. Un groupe qui pilote ses filiales avec un tableau de bord de gestion mensuel, validé en comité, produit naturellement les preuves de son animation.
Voici le fil que nous suivons avec les dirigeants du BTP de la Drôme et de l'Ardèche qui préparent une cession. Les délais sont indicatifs ; ils dépendent surtout de votre projet après la vente.
C'est le point technique le plus sous-estimé. La holding reçoit vos titres à leur valeur d'apport. Si elle les revend plus cher, elle constate une plus-value imposable à son niveau. Et si elle les revend moins de deux ans après l'apport, le régime des titres de participation ne s'applique pas : la plus-value est soumise à l'impôt sur les sociétés au taux normal.
Exemple simple : apport valorisé à 1,2 M€, vente huit mois plus tard à 1,5 M€. La holding constate 300 000 € de plus-value, taxée à l'IS. L'avantage espéré fond. Une valorisation sérieuse, alignée sur les discussions avec le repreneur, et le rapport d'un commissaire aux apports sont indispensables.
Avant de signer, plusieurs éléments du bilan doivent être traités, parce que l'acquéreur ne les paiera pas à leur juste prix ou parce qu'ils compliquent le schéma :
Cas client : deux associés, deux choix différents
Une entreprise de plomberie-chauffage du nord de la Drôme, 18 salariés, deux associés à parts égales. Un repreneur régional propose 1,6 M€ pour 100 % des titres.
Le premier associé a 61 ans. Il veut partir à la retraite et disposer de sa part du prix pour aider ses enfants. L'apport-cession lui aurait imposé de réinvestir 70 % de sa quote-part pendant au moins cinq ans dans des actifs qu'il ne souhaitait pas. Nous avons sécurisé les conditions de l'abattement retraite (fonctions de dirigeant rémunérées depuis plus de cinq ans, liquidation de la retraite dans le délai légal) et il a cédé ses titres directement.
Le second a 47 ans et un projet précis : racheter une entreprise d'électricité à Valence dont le dirigeant part à la retraite. Il disposait déjà d'une holding, qui détenait aussi le local de l'entreprise. Nous avons fait sortir ce local, formalisé une convention d'animation et des comités trimestriels, puis organisé l'apport de ses titres à la holding sept mois avant la signature. La holding a vendu, puis réinvesti en prenant le contrôle de l'entreprise d'électricité dans les dix-huit mois.
Même entreprise, même prix, deux véhicules différents. Si les associés avaient attendu la lettre d'intention pour se poser la question, le second n'aurait pas eu le temps de structurer sa holding correctement.
Trois exercices de simulation suffisent à éclairer la décision :
Ces simulations ne prennent que quelques heures si votre comptabilité est propre et vos données disponibles. Elles évitent de choisir un schéma sur la foi d'une discussion de comptoir ou d'un article générique.
L'apport-cession reste un outil efficace pour céder son entreprise de BTP via une holding, à condition de l'utiliser pour ce qu'il est : un report d'impôt au service d'un projet de réinvestissement. Depuis la loi de finances 2026, les contraintes sont plus lourdes (70 % à réinvestir, conservation cinq ans, activités éligibles resserrées) et le calendrier compte davantage. La qualification de holding animatrice, de son côté, ne se décrète pas la veille de la vente : elle se documente des années à l'avance.
Chez Strata, nous accompagnons les dirigeants du bâtiment à Valence, dans la Drôme et l'Ardèche, sur ces arbitrages. Nous chiffrons les scénarios à partir de vos chiffres réels, nous vérifions ce que votre holding peut prouver et nous construisons le calendrier avec vos conseils juridiques. Si une cession se profile dans les trois prochaines années, c'est maintenant qu'il faut en parler. Prenez rendez-vous avec le cabinet.
C'est un mécanisme prévu à l'article 150-0 B ter du CGI : le dirigeant apporte les titres de sa société à une holding qu'il contrôle, la plus-value d'apport est placée en report d'imposition, puis la holding revend les titres. Le prix arrive dans la holding presque sans impôt, mais l'impôt sur la plus-value d'apport reste dû à terme.
Pour les cessions réalisées par la holding depuis le 21 février 2026, si la vente intervient moins de trois ans après l'apport, la holding doit réinvestir au moins 70 % du produit de cession dans un délai de trois ans, et conserver les actifs acquis au moins cinq ans.
Il n'y a plus d'obligation de réinvestissement. Le report d'imposition est maintenu tant que vous ne cédez pas les titres de la holding et qu'aucun autre événement prévu par le texte ne survient.
C'est une holding qui, en plus de gérer ses participations, a pour activité principale la participation active à la conduite de la politique de son groupe et au contrôle de ses filiales, en leur rendant le cas échéant des services administratifs, juridiques, comptables ou financiers. La définition figure à l'article 787 B du CGI.
Les deux dispositifs répondent à des logiques différentes : l'abattement retraite suppose que vous cédiez vous-même vos titres, alors que dans l'apport-cession c'est la holding qui vend. Pour une même opération, il faut en pratique choisir, après chiffrage des deux scénarios.
Non. Le réinvestissement doit financer une activité opérationnelle éligible, la prise de contrôle ou la souscription au capital de sociétés opérationnelles, ou certains fonds de capital-investissement. Les placements financiers et la gestion d'un patrimoine immobilier propre sont exclus.