
La sous-traitance BTP fait partie du quotidien des entreprises du bâtiment. On confie le lot électricité à un confrère, on fait intervenir un plaquiste sur un chantier trop chargé, on prend soi-même un lot en sous-traitance pour une entreprise générale. Le mécanisme est simple sur le principe. Il l'est beaucoup moins dès qu'on regarde la facturation, la TVA, les pièces à collecter et le suivi des marges. Ce guide reprend les règles applicables en 2026, les points de vigilance qui reviennent le plus souvent dans les dossiers que nous suivons en Drôme et en Ardèche, et les indicateurs à surveiller pour que la sous-traitance reste un levier de rentabilité plutôt qu'une source de mauvaises surprises.
La définition de référence vient de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975. Il y a sous-traitance lorsqu'une entreprise (l'entrepreneur principal), titulaire d'un marché passé avec un maître d'ouvrage, confie sous sa responsabilité l'exécution de tout ou partie de ce marché à une autre entreprise.
Trois acteurs, donc :
Ce point est structurant : le sous-traitant n'a pas de contrat avec le client final. Toutes les règles qui suivent découlent de cette configuration.
Les confusions sur ce point sont la première cause d'erreur de facturation.
SituationQui signe avec le maître d'ouvrageConséquence principaleSous-traitanceL'entreprise principale uniquementLe sous-traitant facture l'entreprise principale, en autoliquidation de TVACo-traitance (groupement)Chaque entreprise, pour son lotChacun facture le client final avec la TVA habituelleFourniture de matériauxLe fournisseur vend un bienVente de biens, TVA classique
Un dernier cas mérite attention : la mise à disposition de personnel sans réelle prestation autonome. Si votre « sous-traitant » travaille sous vos ordres, avec votre matériel, sans organisation propre, la relation peut être requalifiée en prêt de main-d'œuvre illicite ou en contrat de travail. Le sous-traitant doit disposer de sa propre autonomie technique, de ses moyens et de son encadrement.
La loi de 1975 est d'ordre public. Aucune clause du contrat ne peut y déroger au détriment du sous-traitant.
L'entrepreneur principal doit faire accepter le sous-traitant et agréer ses conditions de paiement par le maître d'ouvrage. Une fois cette formalité accomplie, le sous-traitant de premier rang bénéficie du paiement direct par le maître d'ouvrage dès lors que le montant de son contrat atteint 600 € TTC (article 6 de la loi de 1975). Le maître d'ouvrage le règle donc directement, y compris en cas de défaillance de l'entreprise principale.
Les sous-traitants de second rang ne bénéficient pas de ce paiement direct : ils doivent obtenir une caution ou une délégation de paiement de la part du sous-traitant de premier rang.
Pas de paiement direct, mais une protection tout aussi forte. L'entrepreneur principal doit fournir à son sous-traitant, avant le début des travaux, soit une caution bancaire personnelle et solidaire, soit une délégation de paiement du maître d'ouvrage (article 14 de la loi de 1975). À défaut, le contrat de sous-traitance encourt la nullité, que le sous-traitant peut invoquer même après l'exécution des travaux.
Le sous-traitant impayé dispose par ailleurs de l'action directe contre le maître d'ouvrage (article 12), sous réserve de respecter le formalisme de mise en demeure préalable de l'entrepreneur principal.
Un devis accepté ne suffit pas sur un chantier significatif. Prévoyez a minima :
Sur l'assurance, une précision utile : le sous-traitant n'est pas tenu à la garantie décennale envers le maître d'ouvrage, faute de lien contractuel avec lui. Il engage en revanche sa responsabilité contractuelle envers l'entreprise principale, sur une durée qui peut atteindre dix ans. Exigez toujours une attestation d'assurance mentionnant explicitement les activités sous-traitées, et vérifiez sa date de validité à chaque nouveau chantier.
C'est le sujet qui génère le plus de questions, et le plus de redressements.
Depuis le 1er janvier 2014, l'article 283, 2 nonies du Code général des impôts prévoit que, pour les travaux de construction réalisés en sous-traitance, la TVA est due par le preneur, c'est-à-dire par le donneur d'ordre.
Concrètement :
L'objectif du dispositif était de couper court aux montages où un sous-traitant encaissait la TVA puis disparaissait sans la reverser. Nous consacrons un article entier au mécanisme de l'autoliquidation ; nous en reprenons ici les points essentiels pour la relation de sous-traitance.
Si une seule de ces conditions manque, on revient à une facturation classique avec TVA.
Les frontières sont parfois fines, notamment pour la fourniture avec pose, la location avec opérateur ou les chaînes de sous-traitance à plusieurs rangs. Nous avons détaillé les mentions obligatoires de la facture, les rubriques de déclaration de chaque partie et les sanctions applicables dans un article dédié : comment fonctionne l'autoliquidation de la TVA en sous-traitance.
Un point à retenir malgré tout : le sous-traitant conserve son droit à déduction sur ses propres achats. L'autoliquidation ne supprime que la TVA sur ses ventes. Et un défaut d'autoliquidation expose à une amende de 5 % de la TVA déductible omise (article 1788 A du CGI), tandis qu'une TVA facturée à tort par le sous-traitant n'est pas déductible par le donneur d'ordre.
Un sous-traitant qui travaille majoritairement pour des entreprises principales ne collecte quasiment plus de TVA, tout en continuant à en supporter sur ses achats. Il se retrouve structurellement en situation de crédit de TVA.
Deux réflexes s'imposent :
C'est typiquement le genre de sujet où un point trimestriel avec votre cabinet évite plusieurs mois de trésorerie immobilisée inutilement.
Faire appel à un sous-traitant engage votre responsabilité au titre du travail dissimulé. L'article L. 8222-1 du Code du travail impose une obligation de vigilance pour tout contrat d'un montant au moins égal à 5 000 € HT.
Le donneur d'ordre doit obtenir, à la signature puis tous les six mois jusqu'à la fin du contrat :
À cela s'ajoutent, dans le BTP, la carte d'identification professionnelle (carte BTP) pour les salariés intervenant sur chantier et, pour les entreprises étrangères, la déclaration préalable de détachement.
Le seuil de 5 000 € s'apprécie par contrat, en montant global : un marché réglé en plusieurs factures reste soumis à l'obligation. Le fractionnement artificiel des commandes est un montage risqué.
Si le sous-traitant a recours au travail dissimulé et que vous n'avez pas rempli votre obligation de vigilance, l'URSSAF peut vous réclamer solidairement les cotisations, impôts et pénalités dus par ce sous-traitant, sans qu'aucune fraude de votre part n'ait à être démontrée. Sur un chantier de plusieurs centaines de milliers d'euros, l'addition peut menacer l'équilibre de l'entreprise.
Depuis le 1er janvier 2026, la mise en œuvre de cette solidarité financière est encadrée par une procédure plus formalisée, avec des exigences renforcées de notification et de motivation. Cela ne réduit en rien l'obligation de vigilance elle-même : cela encadre la façon dont l'URSSAF peut l'activer. Pour le dirigeant, la conclusion reste identique : constituez et tenez à jour un dossier par sous-traitant.
Les charges de sous-traitance s'enregistrent en compte 604 « Achats d'études et prestations de services » lorsqu'elles s'intègrent directement au coût de production du chantier, ou en compte 611 « Sous-traitance générale » selon le plan comptable retenu. Le choix n'est pas anodin : il détermine la lisibilité de vos marges par affaire. Le bon réflexe est de rattacher systématiquement chaque facture à un code chantier.
Pensez également au rattachement des charges à l'exercice : les travaux réalisés en fin d'année mais facturés plus tard doivent faire l'objet d'une facture non parvenue, sous peine de fausser complètement la marge du chantier et le résultat.
C'est là que la sous-traitance cesse d'être un sujet administratif pour devenir un sujet de pilotage. Quelques indicateurs suffisent à changer la lecture d'une activité :
Un tableau de bord mensuel construit sur les données de votre comptabilité, croisées avec vos situations de travaux, donne une vision de la rentabilité réelle en cours de chantier plutôt qu'à la clôture. C'est l'approche que nous développons chez Strata pour les entreprises du bâtiment : exploiter les données déjà présentes dans les outils de l'entreprise plutôt qu'attendre le bilan pour constater un écart.
La réforme de la facturation électronique concerne directement les échanges entre entreprises, donc l'intégralité de vos relations de sous-traitance.
Le calendrier retenu prévoit une obligation de réception de factures électroniques pour toutes les entreprises assujetties à la TVA au 1er septembre 2026, puis une obligation d'émission au 1er septembre 2027 pour les TPE et PME.
Pour le BTP, un point technique mérite anticipation : dans une facture au format structuré, le régime de TVA est codifié. Une facture en autoliquidation mal paramétrée peut être rejetée par la plateforme avant même d'atteindre votre client, avec à la clé un retard de paiement de plusieurs semaines. Vérifiez dès maintenant que votre logiciel de facturation gère correctement l'autoliquidation et que vous avez choisi une plateforme agréée.
La sous-traitance BTP est un outil de croissance efficace. Elle permet d'absorber des pics d'activité, d'accéder à des marchés plus larges et de mobiliser des compétences que l'entreprise n'a pas en interne. Elle suppose en contrepartie une discipline administrative réelle : contrats écrits, garanties de paiement, pièces de vigilance à jour, facturation en autoliquidation correctement paramétrée et suivi analytique par chantier.
Chez Strata, cabinet d'expertise comptable situé à Valence, nous accompagnons les entreprises du bâtiment de la Drôme et de l'Ardèche sur ces sujets : sécurisation de la facturation et de la TVA, mise en place d'un dossier de vigilance par sous-traitant, préparation à la facturation électronique et surtout construction d'un tableau de bord qui montre la rentabilité réelle de chaque chantier.
Non. L'autoliquidation suppose une véritable relation de sous-traitance portant sur des travaux immobiliers, entre deux entreprises assujetties à la TVA en France. Une facturation directe au client final, une co-traitance ou un sous-traitant en franchise en base sortent du dispositif.
Non, une TVA facturée à tort n'est pas déductible. Il faut demander une facture rectificative avant règlement, ou obtenir un avoir suivi d'une nouvelle facture conforme. Les mentions attendues sur une facture en autoliquidation sont détaillées dans notre
Aucun formalisme général n'est imposé, mais l'absence d'écrit vous prive de toute preuve sur le périmètre des travaux, le prix, les délais et la répartition des frais de chantier. Sur un marché privé, l'absence de caution ou de délégation de paiement expose de surcroît le contrat à la nullité.
Dès 5 000 € HT pour le montant global du contrat, même s'il est réglé en plusieurs fois. L'attestation doit être renouvelée tous les six mois et son authenticité vérifiée en ligne.
Oui, sous réserve qu'il dispose d'une réelle autonomie, de ses propres moyens et des qualifications et assurances requises. S'il relève de la franchise en base de TVA, il facture sans TVA avec la mention de l'article 293 B du CGI, sans autoliquidation. Attention au risque de requalification si son activité s'exerce en réalité sous votre subordination.
En marché public, le paiement direct par le maître d'ouvrage s'applique au sous-traitant de premier rang accepté et agréé, pour les contrats d'au moins 600 € TTC. En marché privé, vous pouvez actionner la caution ou la délégation de paiement, et à défaut engager une action directe contre le maître d'ouvrage en respectant le formalisme légal.
Il n'est pas soumis à la garantie décennale envers le maître d'ouvrage, avec lequel il n'a pas de contrat, mais il répond contractuellement de ses travaux envers l'entreprise principale. Exigez toujours une attestation d'assurance couvrant précisément les activités confiées.
Parce que vous ne collectez plus de TVA sur vos ventes tout en continuant à en supporter sur vos achats. C'est mécanique. Il faut demander le remboursement de ce crédit selon la périodicité adaptée à votre régime plutôt que de le laisser s'accumuler.